lundi 11 juillet 2016

Sehyong Yang, "Marche et Toile Libres", Néon, 23 Juin - 1er Octobre 2016

Sehyong Yang, "Marche et Toile Libres" (vue d'exposition), Néon, 2016. (Photo Anne Simonnot)
Sehyong Yang présente à la galerie Néon du 23 juin au 1er octobre 2016 une série de peintures sur toiles libres. Ces œuvres semblent faire peu de cas des divisions usuelles opposant figuration réaliste et abstraction. Tous les motifs peints, aussi « abstraits » puissent-ils paraître, ont de fait été échantillonnés dans la ville (en l'occurrence à Lyon) avant d'être restitués sur toile, tels quels, sans idéalisation. L’œuvre prend appui sur ce qui en temps normal tend à échapper à la vue, qu'il s'agisse de taches d'huile sur le bitume, des ruines d'un bâtiment en cours de destruction, d'un marquage à la peinture sur un mur ou plus généralement de détails urbains faussement insignifiants. On en vient à se demander si elle n'incarne pas à sa manière la définition du réalisme que proposait Courbet : « Le fond du réalisme, c'est la négation de l'idéal ». En effet, chaque peinture fuit les structures idéales et préfère accueillir en son sein le réel tel qu'il est. Le titre révèle l’adresse du lieu spécifique où le motif a été trouvé. Le regardeur peut donc, s'il le souhaite, se rendre sur place. Il faut toutefois noter que les motifs choisis sont soit permanents soit éphémères. Il est parfois aisé de les localiser mais en certaines occasions c'est impossible. Cela dépend du motif. 
On doit ici insister sur le triple nomadisme impliqué par cette pratique : nomadisme de l'artiste (le motif a été trouvé en marchant), nomadisme implicite de la peinture elle-même (l’œuvre est aisément transportable car non-montée sur châssis) et nomadisme du regardeur (renvoyé par le titre à l'origine du motif et, de ce fait, invité à se déplacer).

Sehyong Yang, 233 rue André Philip, Acrylique sur toile, 174 x 119 cm (2016)
Collection privée
 
Ces œuvres se présentent fréquemment sous la forme de diptyques : une toile peinte à l'acrylique (donnant à voir le motif) accompagnée d'une toile monochrome réalisée par teinture . La toile monochrome dérive en général d'une couleur présente sur le motif. L'artiste conserve le froissement des surfaces résultant du processus de teinture ainsi que le pliage de la toile produit en usine. Le pliage géométrique ready-made d'une surface dialogue par conséquent avec le froissement chaotique d'une autre. Tout ici est en relation de dialogue. Ce dialogue s'instaure d'ailleurs également avec l'histoire de l'art : Simon Hantaï, Giorgio Griffa, Claude Viallat et plus généralement Supports / Surfaces. 
ll est toutefois clair que cette peinture se distingue du « Zombie Formalism » en vogue aux USA depuis quelques années. Loin d'être une pratique autoréférentielle, la peinture de Sehyong Yang se construit au contraire au gré d'un rapport permanent avec la ville. Par le passé, cela s'était essentiellement exprimé à travers des installations urbaines discrètes et éphémères. Ce type d'interventions était rassemblé sous le titre générique de Microchoc. (On se référera par exemple à la série des Monochocs : des peintures monochromes minuscules de la même couleur que le mobilier urbain qui leur sert de support.) 
Sans prétention à conclure, disons que ce qui dans ce travail est fascinant, c'est sans doute cette curieuse alliance entre une disposition à la flânerie (s'inscrivant dans la lignée de Baudelaire ?) et un état d'esprit zen qui accepte le réel sans désir de modification.

Sehyong Yang est née en 1987 à Gyeongju (Corée du Sud). Elle vit et travaille à Lyon

Sehyong Yang, 73 cours Lafayette, Multiple (14 exemplaires), 6 x 6 x 6 cm
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English version :

From June 23rd to October 1st, 2016, Sehyong Yang will be displaying a series of paintings on unstretched canvases in the Néon gallery. These artworks seem to pay little attention to the usual divisions that oppose realist figuration and abstraction. All of the painted motifs, as “abstract” as they may appear, have in fact been sampled from the city (in this case, Lyon) before being restituted on canvas, unaltered, without any idealisation. The artwork draws upon that which, in the normal course of things, tends to escape our view, whether it be oil stains on tarmac, the ruins of a building in the process of being demolished, painted markings on a wall or, more generally speaking, falsely insignificant urban details. We come to ask ourselves if it doesn't embody in its own way the definition of realism as proposed by Courbet: “The foundation of realism is the negation of the ideal”; In effect, each painting flees ideal structures and prefers to host within itself the real as it is, unaltered. The title reveals the address of the specific place where the motif was found. Thus the watcher can, if he or she wishes, visit the place. It is important to note that the patterns chosen are either permanent or ephemeral. It is sometimes easy to find them, but on certain occasions it is indeed impossible. It depends on the pattern.
We must insist here upon the triple nomadism implied by this practise: the nomadism of the artist (the motif was found while walking), the implicit nomadism of painting itself (the artwork is easily transportable as it has not been mounted on a frame) and the nomadism of the watcher (the origin of the pattern is referred to in the title and, because of this, the watcher is invited to move).
These artworks are frequently presented in the form of a diptych: a canvas painted using acrylic (showing the pattern) accompanied by a monochrome canvas made using dye. The monochrome canvas in general is derived from a colour present in the pattern. The artist conserves the folds and wrinkles in the surfaces that are the result of the dyeing process and the folding of the industrially produced canvas. The ready-made geometric folding of a surface consequently dialogues with the chaotic wrinkling of another. Everything here is in a relationship of dialogue. The same dialogue is also instigated with the history of art: Simon Hantaï, Giorgio Griffa, Claude Viallat and on a more general level, Supports / Surfaces.
It is nonetheless clear that this painting differs from the “Zombie Formalism”, that has been in vogue in the U.S.A. for a number of years. Far from being a self referential practise, the painting of Sehyong Yang is constructed, on the contrary, with respect to a permanent relationship with the city. In the past, this was essentially expressed through discreet and ephemeral urban installations. These types of intervention were grouped together under the generic term Microchoc, (We can refer, for example, to the Monochocs series: minuscule monochrome paintings with the same colour as the urban furniture that was used as their medium.)
With no intention of providing a conclusion, let us name what is fascinating in this work, it is certainly this curious alliance between a disposition for wandering (following the same line as Baudelaire?) and a zen state of mind that accepts the real with no desire to modify it.

Sehyong Yang was born in 1987 in Gyeongju (South Korea). She has lived and worked in Lyon since 2011.
 
sehyongyang.com
Translation : Derek Byrne
© Nicolas Exertier

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