dimanche 22 avril 2018

Imi Knoebel - Klavierstück (1984)

Imi Knoebel, Klavierstück, 1984, Bois, 300 x 173 x 38 cm (Œuvre acquise par le FNAC en 1990 ; Inv. 90229 ) 

Marqué par Malevitch et Ellsworth Kelly (auquel il emprunte la peinture à panneaux multiples, le shaped canvas, etc.) autant que par Joseph Beuys dont il a été l’élève à l’Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf, Imi Knoebel accède au cours des années 80 à une notoriété internationale en présentant des compositions abstraites éclatées qui associent à des outils et matériaux de construction récupérés sur des chantiers (bottes, caisses remplies d’outils, portes, radiateurs, lampes à pétrole, bombonnes de gaz, gaines techniques, etc.) des planches de contreplaqué peintes le plus souvent.
Alors que la plupart des acteurs de la Nouvelle Géométrie se contentaient à cette époque de citer avec une pointe d'ironie, les codes stylistiques forgés par les avant-gardes modernes, Knoebel est toujours resté fidèle à une approche plus "sérieuse" et, en définitive, plus physique du fait pictural. Lorsqu’il retravaille la grille moderniste, en effet, c’est pour soumettre celle-ci à un ensemble de traitements perturbateurs susceptibles de porter atteinte à l’équilibre même du spectateur (voir les barres d’aluminium à l’orthogonalité subtilement faussée des reliefs produits au début des années 90). Une énergie contenue en émane que l’on retrouve dans les installations jouant sur l’idée d’œuvre potentielle (voir la Genter Raum (1980), par exemple, environnement présentant, au sol, des piles de planches de bois prêtes à l’emploi). 
Imi Knoebel, Genter Raum, 1980. © Imi Knoebel / Artists Rights Society (ARS). Photo : Nic Tenwiggenhorn
Knoebel a longtemps rêvé d’un « avenir où l’artiste exercerait un métier tout banal à la façon de l’agriculteur, du menuisier ou de l’architecte ». En filigrane de Klavierstück ("Pièce pour clavier") se laisse entrevoir cette ambition. Abstrait au premier regard, l’axe de l’œuvre (la tige de bois blanche parcourue de bandes rouges qui semble émerger d’un coffre de bois formant socle) trahit rapidement son origine : le chantier et la signalétique qui y est en vigueur, faite de bandes visibles à distance ainsi que de signes divers donnant à connaître un danger éventuel.1 Knoebel fait ainsi se rejoindre pour les confondre la construction artistique et le travail non-artistique et évoque par ce biais le propos de Joseph Beuys : toute activité est créatrice et tout homme est un artiste. La partie inférieure de la sculpture qui, par son matériau fruste, peut évoquer les coffres de bois blanc destinés au transport des œuvres d’art, paraît abriter les éléments annexes d’une œuvre qu’il reste à déployer. Klavierstück semble donc marquée par la volonté d’intégrer (sous une forme symbolique) les moyens de transports de l’œuvre d’art ; phénomène que Michel Gauthier a relevé chez différents artistes contemporains, tels Stephen Hughes ou Barry X Ball.
1 Il faut noter qu’à la même époque l’ « esthétique du chantier » intéressait tout particulièrement un groupe d’artistes berlinois : Büro Berlin.
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Imi Knoebel est né en 1940 à Dessau (Allemagne). Il vit et travaille à Düsseldorf (Allemagne)

 Nicolas Exertier, "Imi Knoebel", Première publication dans Art Contemporain (un choix de 200 œuvres du Fonds national d’art contemporain), (ouvrage collectif), Paris, Editions du Chêne, 2001.

© Nicolas Exertier

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